ConsigneVous lisez cet article dans un magazine français. Répondez aux questions.
Consigne : deux ans de bouteilles rapportées
Dans cette ville moyenne de l’Ouest, une quarantaine de commerces participent depuis deux ans à un réseau de consigne animé par une association. Le principe est connu : le client paie vingt centimes de plus pour sa bouteille ou son bocal et les récupère en rapportant le contenant. Le commerçant touche deux centimes par contenant repris. Quant aux vingt centimes des bouteilles qui ne reviennent jamais, ils ne vont ni à l’association ni au centre de lavage, qui vivent d’autres ressources : ils sont reversés au producteur, obligé de racheter du verre neuf.
Sept contenants sur dix reviennent, davantage que prévu. « Je pensais que les étudiants seraient les premiers à jouer le jeu, raconte Nadia Ferrand, épicière. Ceux qui rapportent tout, ce sont les retraités. Ils ne m’ont jamais parlé de planète, et la monnaie, ils la glissent souvent dans la boîte de l’association. Ils trouvent simplement absurde de jeter un bocal en bon état. »
La plupart des commerçants citent les caisses de verre sale qui encombrent leur arrière-boutique. Hugo Brunel, caviste, a pourtant quitté le réseau au bout de huit mois pour une autre raison : « De la place, j’en ai, toute une cave. Mais le samedi, la file s’allongeait pendant que j’examinais chaque goulot. » Un brasseur regrette la bouteille standardisée, qui rend ses bières moins reconnaissables en rayon. Élise Caron, productrice de jus de pomme, s’en félicite au contraire : commandée à plusieurs, elle lui revient un tiers moins cher que son ancien modèle. Son souci est ailleurs. Les bouteilles lui reviennent par vagues imprévisibles et, à l’automne, elle doit en racheter.
Faut-il maintenant ouvrir le réseau aux supermarchés ? Loïc Maret, qui dirige le centre de lavage, n’attend que cela pour remplir des machines qui tournent au tiers de leur capacité ; il vante le modèle standard, lavé deux fois plus vite qu’un flacon original. Plusieurs épiciers craignent, eux, d’y perdre leurs clients. Claire Hamon, coordinatrice de l’association, hésite pour un motif différent : une enseigne voudra expédier le verre vers sa plateforme nationale, or une bouteille lavée à trois cents kilomètres perd l’essentiel de son avantage sur le verre recyclé. Les enseignes contactées invoquent le prix des machines de collecte. La mairie, enfin, ne renouvellera pas sa subvention, qui s’achève l’an prochain. « Une aide publique lance un projet, elle n’a pas à le faire vivre, tranche l’adjointe au commerce. Après trois ans, il doit tenir par ses propres recettes. »
Un constat devrait pourtant faire réfléchir. Dans les deux réseaux voisins qu’une enseigne a déjà rejoints, le verre collecté en hypermarché est reparti vers la plateforme de l’enseigne : les centres de lavage locaux n’ont pas traité une bouteille de plus. Ici, les habitants ont fait leur part ; reste à savoir qui fera l’autre.
Texte rédigé pour ce sujet d’exemple, au format d’un article de magazine (2026)
1. Que deviennent les vingt centimes d’un contenant qui n’est jamais rapporté ?
- A Ils reviennent au centre de lavage, qui couvre ainsi ses frais.
- B Ils reviennent au producteur, qui doit remplacer le contenant.
- C Ils reviennent à l’association, qui finance ainsi le réseau.
2. D’après le témoignage de Nadia Ferrand, qu’est-ce qui décide surtout ses clients les plus assidus à rapporter leurs contenants ?
- A C’est avant tout le souci de protéger la planète.
- B C’est avant tout la somme rendue pour chaque contenant.
- C C’est avant tout le refus de jeter un objet intact.
3. Pourquoi le caviste Hugo Brunel s’est-il retiré du réseau ?
- A Le contrôle des bouteilles ralentissait trop le passage en caisse.
- B Les caisses de verre sale encombraient trop son arrière-boutique.
- C Les bouteilles lui revenaient de façon trop imprévisible.
4. Quel effet de la bouteille standardisée Élise Caron met-elle en avant ?
- A Elle rend ses produits moins reconnaissables en rayon.
- B Elle se lave bien plus vite qu’un modèle original.
- C Elle lui coûte moins cher grâce à une commande groupée.
5. Pourquoi Claire Hamon hésite-t-elle à ouvrir le réseau aux supermarchés ?
- A Le verre risquerait d’être lavé trop loin des magasins.
- B Les épiceries du réseau risqueraient d’y perdre leurs clients.
- C Les machines de collecte risqueraient de coûter trop cher.
6. Le constat rapporté dans le dernier paragraphe va surtout à l’encontre de ce qu’espère…
- A la coordinatrice de l’association.
- B le directeur du centre de lavage.
- C l’adjointe au commerce.
Voir le corrigé +
Piège : l’association et le centre de lavage sont cités dans la même phrase, mais pour dire que cet argent ne va ni à l’une ni à l’autre.
Piège : ils ne lui ont « jamais parlé de planète », et la monnaie, ils la laissent souvent dans la boîte de l’association. Les deux raisons attendues sont écartées par le témoignage lui-même.
Piège : les caisses encombrantes sont le reproche de « la plupart des commerçants », mais lui dit avoir « toute une cave ». Les retours imprévisibles gênent la productrice de jus, pas le caviste.
Piège : les trois effets sont dans l’article, chacun chez une personne différente. Le brasseur regrette de ne plus être reconnu en rayon, et c’est le directeur du centre de lavage qui vante la rapidité.
Piège : la peur de perdre des clients est celle de « plusieurs épiciers », et le texte précise que son motif est « différent ». Le prix des machines est l’argument des enseignes.
Piège : le même constat donne plutôt raison à la coordinatrice, qui craignait de voir le verre partir vers une plateforme lointaine. Il ne dit rien de la subvention dont parle l’adjointe.