ConsigneVous lisez cette tribune sur le site d’un journal français. Répondez aux questions.
Bus gratuits : ce que trois ans de chiffres m’ont appris
Pendant dix ans, j’ai combattu la gratuité des transports. Urbaniste, j’ai pourtant accepté d’en dresser le bilan, trois ans après son adoption dans l’agglomération où je travaille. Je pensais y trouver la confirmation de mes craintes. Les chiffres m’ont obligée à faire le tri : les élus s’étaient trompés sur un point, moi sur un autre, et personne n’avait vu venir le reste.
Les élus promettaient des routes dégagées : le trafic automobile n’a reculé que de 2 %. La fréquentation des bus, elle, a augmenté de moitié. On me disait que ces nouveaux voyageurs seraient d’anciens piétons, ravis de s’épargner dix minutes de marche. L’enquête dit autre chose : deux nouveaux trajets sur trois ne se faisaient pas du tout auparavant. Ce sont ceux de retraités des quartiers périphériques qui ne sortaient plus, ou d’aides à domicile qui refusaient les clients trop éloignés.
J’annonçais, moi, un réseau ruiné. J’avais tort. Les billets ne couvraient que 14 % des dépenses, et les vendre, les contrôler, poursuivre les fraudeurs en coûtait presque la moitié. Le reste a été trouvé sans drame. La taxe foncière n’a pas bougé, les six bus commandés ont été livrés à la date prévue ; c’est la contribution des employeurs qui a été majorée, sans soulever de protestation.
La suite, personne ne l’avait prévue. Le syndicat des conducteurs redoutait une montée des incidents à bord ; sans ticket à vendre ni à vérifier, les disputes ont presque disparu, et les conducteurs sont devenus les meilleurs avocats de la mesure. À l’inverse, des abonnés de longue date ont repris leur voiture. L’association d’usagers accuse des trajets allongés de dix minutes depuis que les bus, plus sollicités, marquent chaque arrêt. Ceux que j’ai interrogés répondent autre chose : ils acceptaient de perdre ces minutes, pas de voyager debout dans des bus bondés matin et soir.
Faut-il revenir en arrière ? L’opposition municipale propose de limiter la gratuité au week-end ; l’association d’usagers veut que l’on renforce d’abord les lignes chargées, en rétablissant le ticket d’ici là. Je ne suis ni l’une ni l’autre : recréer une billetterie, même provisoire, coûterait presque autant qu’elle rapporterait. Je recommande désormais la mesure aux villes qui m’interrogent, à une condition : que les billets y pèsent aussi peu que chez nous. Là où ils financent plus du cinquième des dépenses, le calcul ne tient plus.
Reste un mot pour ceux qui ont voté la mesure. Ils continuent de la vendre comme un remède aux embouteillages, ce que les comptages démentent, et taisent son vrai mérite : avoir rendu la ville à des habitants qui n’y allaient plus. On défend mal une mesure en lui prêtant ce qu’elle n’a pas fait.
Texte rédigé pour ce sujet d’exemple, au format d’une tribune d’opinion publiée en ligne (2026)
1. D’après l’enquête, la plupart des nouveaux trajets en bus sont le fait…
- A d’habitants qui, jusque-là, se déplaçaient à pied.
- B d’habitants qui, jusque-là, prenaient leur voiture.
- C d’habitants qui, jusque-là, renonçaient à se déplacer.
2. Sur quel point l’auteure reconnaît-elle sa propre erreur ?
- A Les conséquences de la mesure pour les finances du réseau.
- B Les conséquences de la mesure pour la circulation automobile.
- C Les conséquences de la mesure pour le travail des conducteurs.
3. Comment la perte des recettes a-t-elle été en partie absorbée ?
- A L’achat de bus neufs a été retardé.
- B La part payée par les employeurs a été relevée.
- C Les impôts locaux ont été augmentés.
4. D’après les anciens abonnés eux-mêmes, pourquoi ont-ils repris leur voiture ?
- A Les bus sont désormais trop pleins aux heures de pointe.
- B Les trajets en bus durent désormais trop longtemps.
- C Les incidents à bord sont désormais trop fréquents.
5. À quelle condition l’auteure recommande-t-elle la gratuité à d’autres villes ?
- A Limiter la gratuité aux deux jours du week-end.
- B Renforcer les lignes chargées avant d’abolir le ticket.
- C Vérifier que la billetterie y rapporte peu au réseau.
6. Dans le dernier paragraphe, à qui l’auteure adresse-t-elle un reproche ?
- A Aux adversaires de la mesure, qui se trompent de critique.
- B Aux élus, qui défendent la mesure pour une mauvaise raison.
- C Aux usagers, qui attendent de la mesure plus qu’elle ne peut donner.
Voir le corrigé +
Piège : les anciens piétons sont ce que l’on avait annoncé à l’auteure (« On me disait que… »), et l’enquête « dit autre chose ». Quant aux automobilistes, le trafic n’a presque pas baissé.
Piège : le texte distribue trois erreurs. Les routes dégagées étaient la promesse des élus, et l’attitude des conducteurs fait partie de ce que « personne » n’avait prévu.
Piège : les deux autres pistes sont citées, mais pour être écartées. La taxe foncière n’a pas bougé et les six bus ont été livrés « à la date prévue ».
Piège : les trajets allongés sont l’explication de l’association d’usagers, que les intéressés écartent. Les incidents étaient la crainte du syndicat, et les disputes ont au contraire presque disparu.
Piège : les deux autres idées figurent dans le texte, mais ce sont celles de l’opposition municipale et de l’association d’usagers. L’auteure répond : « Je ne suis ni l’une ni l’autre ».
Piège : les adversaires de la gratuité se sont trompés eux aussi, mais l’auteure le dit plus haut, en parlant d’elle-même, pas dans la conclusion. Aucun reproche n’est fait aux usagers.